Le festival a laissé libre court à l’imagination de l’artiste et musicien Mathias Jeannin pour la réalisation de l’affiche de l’édition 2018.

« Mais pourquoi un homard? » – Note de l’auteur

Quand un matin vous recevez un coup de téléphone de Patou (Patrick Kader) qui vous dit « Nous avons pensé à toi pour l’affiche de Nancy Jazz Pulsations », cela… je n’irai pas jusqu’à dire change votre vie, mais modifie pendant quelques jours votre mode de pensée et votre cerveau commence à bouillonner. Surtout quand vous avez joué deux fois au festival avec votre groupe et enregistré un « Live à Nancy Jazz Pulsation »

Même si vous êtes habitué à faire des affiches et à gérer des clients parfois compliqués, cela implique quelque chose de plus, émotionnellement : de l’affect.
J’avoue apprécier le festival qui nous a toujours bien reçu, tout comme le public de Nancy, ce qui ajoute à l’envie d’y arriver, de faire bien.

Quand le briefe simple et précis s’avère finalement aussi compliqué qu’un jeu de mikado, la pression monte. Un festival qui parle à tous types de publics, à toutes les tranches d’âges, avec un large éventail de styles musicaux : comment synthétiser cela ? Sans compter que, comme toute affiche, elle doit interpeler les gens, les étonner, les amuser. Il faut aussi qu’elle soit esthétique et représentative de l’esprit du festival qui fête ses 45 ans. Arrrgggg…

Certains auraient dessiné une trompette pour un festival de Jazz, et auraient choisi une guitare pour un festival de rock ou de blues, voire un disque vinyle pour un festival électro. J’ai pour ma part toujours essayé d’éviter ces poncifs ou tenter de les détourner. Un véritable casse-tête que complique cet affect dont je parlais plus haut. Finalement, je vais proposer une dizaine de projets dans des registres différents, mais toujours dans mon style habituel : un peu décalé et avec une pointe d’humour… j’ai sans doute toujours été un peu décalé bien malgré moi.

Patou et son équipe vont hésiter et finalement choisir le Homard. Alors pourquoi un homard ? Parce que je traverse une « période homard », bien loin malgré tout de l’excellence d’une « période bleue » de qui vous savez.

Nous avons tous des périodes compliquées dans la vie, la mienne c’est la période homard, qui tourne à l’obsession en ce moment. Je viens de terminer un album avec les Washington Dead Cats (sortie prévue début 2019) qui se nomme « Attack of the giant purple lobsters », relatant l’invasion de homards géants venant se venger des humains suite à la catastrophe écologique de Fukushima. Donc je pense homard, je dessine homard, je dors homard et je mange des crevettes (c’est moins cher). Cette obsession m’a mené à penser que le homard parlait à tout le monde, que cela était assez loufoque pour que cela interpelle les gens : « pourquoi un homard ? »

Les antennes dessinées vers le logo/bloc-marque du Festival (et non pas vers le bas comme naturellement) me permettaient de représenter la sympathique bestiole des océans attirée, interpellée, questionnée par le nom du Festival, les éclairs servant à dynamiser le mouvement de l’ensemble et à créer de l’énergie, positive je l’espère. Le homard est dessiné au feutre dans un esprit gravure à l’ancienne. La typographie est simple pour ne pas compliquer la lecture globale.

Donc maintenant je concluerai par : à table !